Retour : Paris 14ème, Pluguffan…

Je n’ai pas donné de nouvelles du projet depuis mon retour. Happée par mon travail, le projet n’a pour ainsi dire pas évoluer. Je ne me replonge que maintenant dans ce travail laissé en friche. Pour ceux qui voudraient voir de plus prêt, photos, dessins et marionnettes, je fais une présentation de mon expérience avec la troupe Sogolon vendredi 16 mai 2008 à 15h au club plaisance, dans le 14ème arrondissement. Et j’anime un atelier ouvert à tous le 7 juin 2008 à la bibliothèque de Pluguffan (Finistère).

J-1, photo de famille

Le départ est pour demain. A défaut d’un mari, je ramènerai dans mes valises une petite famille de trois marionnettes. Toutes nécessitent encore quelques finitions, une articulation branlante, une fixation par-ci, des patines par-là…

1. La scène du restaurant
Le texte correspondant est cité dans l’article du 27 août 2007 “Le Sanatorium au croque-mort, la scène du restaurant “

josephofesses

fesses

2. Apparition de la mère
“Il se passe ici des choses encore plus étonnantes, que j’essaye de ne pas voir, des choses d’une absurdité fantastique. Chaque fois que je sors de la chambre, il me semble que quelqu’un s’éloigne rapidement de la porte et disparait dans le corridor. Ou bien quelqu’un marche devant moi sans se retourner. Ce n’est pas une infirmière. Je sais qui c’est! “Maman!” crié-je d’une voix tremblante d’émotion. Elle tourne la tête et me regarde alors avec un sourire implorant. Où suis-je donc? Que se pase t-il? En quel piège me suis-je empêtré?”

Extrait du Sanatorium au croque-mort, Bruno Schulz

apparition maman

masque

La mère, tout d’abord dissimulée par le masque représentant Joseph, apparait. Elle joue avec le visage de Joseph qui doute, s’interroge.

3. Retour tardif
“Ma chambre est dans le noir. Je presse l’interrupteur, mais l’électricité ne marche pas. Un courant d’air froid souffle de la fenêtre. Le lit grince dans les ténèbres. Mon père lève la tête et dit.

-Oh, Joseph! Joseph! Voilà deux jours que je suis couché ici sans un soin, les sonnettes sont débranchées, personne ne vient me voir et mon propre fils m’abandonne, moi qui suis gravement malade, pour aller traîner en ville avec les filles. Sens comme mon coeur bat.”

Extrait du Sanatorium au croque-mort, Bruno Schulz

2 bras articulés

bras du père

Les bras (articulés) du père, en colère, surgissent du drap où Joseph se glisse.

“Nous voulons des images que diable!”

fesses

Voici quelques photos de mon travail en cours, en attendant le début de semaine prochaine où je mettrai en ligne les images du travail fini et les textes correspondants.

masque

bras

Le chant du muezzin

L’appel à la prière, chanté par le muezzin du haut du minaret, est l’air que j’ai le plus entendu depuis mon arrivée, 320 fois pour être exacte. 5 fois par jour, à 4h30, 10h30, 13h30, 16h30 et 18h30 ce chant couvre le bruit de la ville, des mobylettes, des radios, des cris d’enfants… Il sonne comme une complainte, la voix est presque mélancolique. La nuit, cette chanson te réveille doucement, tu l’écoutes dans un demi sommeil, elle te berce et parfois tu te rendors avant que le muezzin ait fini. Sans montre, l’appel à la prière rythme ma journée, m’indique l’heure. Un quart d’heure après l’appel du muezzin, un murmure chanté marque la fin de la prière. La vie reprend son cour.

“Au détour du monde”

J’interviendrai dimanche 9 septembre (entre 16h45 et 16h48 environ) dans l’émission présentée par Sandrine Mercier sur France Inter : “Au détour du monde”. J’y présenterai rapidement mon projet, mon voyage…

interhttp://www.radiofrance.fr/franceinter/em/audetourdumonde/

Extraits du “carnet de voyage”.

 

 sculpture à l’atelier

pendant ce temps là à vera cruz

le pied vue de l’atelier

Le Sanatorium au croque-mort, la scène du restaurant.

“(…)Au moment du repas j’entre dans un restaurant en ville, plein de désordre et de bruits de voix confus. Et qui aperçois-je au milieu de la salle, à une table pliant sous le poids des victuailles? Mon père. Tous les regards sont tournés vers lui qui, brillant, exceptionnellement animé, aux anges, s’incline de tous les côtés avec affection, menant une conversation prolixe avec l’assistance entière. Avec une ardeur artificielle, que je ne puis considérer sans inquiètude, il ne cesse de commander de nouveaux plats qui s’accumulent sur la table. Il se complait à les rassembler ainsi autour de lui quoiqu’il n’ait encore pu venir à bout du premier. (…) Je me retire plein de dégouts, sans qu’il m’ait remarqué. (…) La tête obscurcie par le sommeil, je titube dans les rues en essayant de rentrer. Je m’arrête à une boîte aux lettres, appuie sur elle ma tête et pique un petit somme. Enfin, je trouve à tâtons dans l’obscurité l’entrée du Sanatorium oü je pénètre. Ma chambre est dans le noir. Je presse l’interrupteur, mais l’électricité ne marche pas. Un courant d’air froid souffle de la fenêtre. Le lit grince dans les ténèbres. Mon père lève la tête et dit.

- Oh, Joseph! Joseph! Voilà deux jours que je suis couché ici sans un soin, les sonnettes sont débranchés, personne ne vient me voir et mon propre fils m’abandonne, moi qui suis gravement malade, pour aller traîner en ville avec les filles.

Comment concilier les deux choses? Mon père est-il assis au restaurant, y cédant à une goinfrerie malsaine, ou couché dans sa chambre, dans laquelle une grave maladie le retient? (…)”

Le Sanatorium au croque-mort, Bruno Schulz.

josephofesses

Dans cette scène, Joseph est joué par une marionnette coincée dans les fesses du père. Le père est joué par un comédien. Quand le père se tient face au public, on le voit s’empiffrer, et quand il se tient dos au public , on découvre Joseph paralysé, recroquevillé dans les fesses devenues énormes de son père. Joseph assiste impuissant à la scène.

Il m’a fallu quatre semaines (je suis lente et perfectionniste) pour construire tous les éléments de cette marionnette : visage (il manque encore les cheveux que je ne trouve pas…), oreilles, bras, jambes et prothèse de grosses fesses fixée sur le derrière du comédien! Je n’ai même pas une photo du travail fini à vous proposer!! En effet, il y a encore un petit boulot d’assemblage à faire, et je ne le réaliserai pas ici car la marionnette serait alors difficile à transporter. Il faudra donc attendre fin septembre pour avoir une vue d’ensemble. En attendant, je vous ai fait une petite vidéo de son visage, que je n’ai même pas réussi à redresser… AAAh mon ami l’ordinateur!

Le dimanche a toujours été le jour de la semaine que j’aime le moins. Le dimanche à Bamako, c’est le jour de mariage.

Un neveu de Yaya se marie dimanche. Lui et son amoureuse se fréquentent depuis 6 ans. Vendredi, elle lui a annoncé qu’elle n’était pas prête à se marier. Un mariage a été organisé, un mariage sera célébré. La famille du marié a deux jours pour trouver une mariée. La nièce de Sikasso (inconnue de tous) de feu le mari de la voisine est prétendante. Elle fait la route de nuit et se présente à la mairie le dimanche matin. Passée la surprise générale des invités ne reconnaissant pas la mariée, tout le monde s’est félicité de ce beau mariage, de ce couple prometteur et amoureux (depuis 3 heures)!! L’honneur est sauf!! Si la mariée attend d’être devant monsieur le maire pour dire non, sa famille (proche de l’humiliation publique) doit alors proposer sur le champ la soeur cadette de la mariée. Si celle-ci refuse, on cherche dans l’assistance, on appele les voisines, les copines, les cousines jusqu’à qu’une mariée soit trouvée!

Dramane, le beau sculpteur de la troupe Sogolon n’a pas eu de chance. Son premier mariage, arrangé, se solde par un divorce et deux enfants sur les bras. Sa seconde épouse meurt en mettant au monde des jumeaux qui ne survivront pas non plus. Dramane va se (re)marier. Les parents de sa seconde épouse lui ont trouvé une femme pour refonder un foyer et s’occuper des enfants. Dramane a 38 ans, sa fille aînée16 ans et sa prochaine épouse 13. C’est une enfant, mais c’est la norme, ses soeurs, tantes, cousines, amies sont aussi mariées très jeunes… Au mariage, c’est la fête, tout le monde se réjouit. J’ai le coeur serré, je pense à cette enfant qui va partager cette nuit la couche d’un inconnu (son mari) de 25 ans son aîné. Le soir même, je discute avec Bobo, une voisine de 32 ans. Elle mesure 1 mètre 80, est resplendissante, a un rire communicatif et a fière allure avec sa calebasse d’arachides sur la tête. Je m’aperçois qu’elle ne m’a jamais présenté son mari! Si, si, tu le vois tous les jours!… ??… Viens! Le choc. Ce viellard édenté est son mari. Elle est sa troisième femme. Abasourdie j’entends vaguement le viellard me dire que la loi l’autorise encore à avoir une femme (la loi malienne autorise un homme a avoir quatre femmes “simultanément”), pourquoi pas une française, il connait bien la France… Dure journée.

Le 31 décembre dernier, l’amoureuse de Yacou lui annonce que sa famille lui a trouvé un mari et que la noce sera célébrée le 3 janvier. C’est le choix de la famille et le jeune ne peut pas s’y opposer. Yacou a assisté au mariage.

Abou a 35 ans. Il a refusé par deux fois les femmes proposées par ses parents. Fuyant la pression familiale, il vit seul. Il est dur et désabusé. Son grand amour a été marié à un autre homme, mais parfois ils arrivent à se parler au téléphone.

Ces histoires sont tristes et parfois ridicules. Au Mali, l’amour est étranger au mariage. Le mariage est un accomplissement social, la possibilité pour une femme d’avoir de l’argent et pour un homme, de faire savoir sur la place publique qu’il a assez d’argent pour se marier et fonder une famille…

Le dimanche à Bamako, je fuis les mariages et reste en cuisine.

sali ténéba au poisson

djénéba aux légumes

10 jours de vadrouille dans le Mali

dans le car pour mopti

 La moto est sanglée sur le toit d’un bus, nous nous rendons à 600 km de Bamako pour 3 jours de randonnée dans les falaises de Bandiagara en pays Dogon.

falaises de bandiagara 

 coucher de soleil sur le plateau dogon 

la traversée du désert? 

Le peuple Dogon

Jusqu’au 9ème siècle, les pigmées peuplaient la région. Une forêt dense s’étendait alors aux abords de la falaise. Pour se protéger des animaux et des esprits de la forêt, les pigmées construisaient leurs abris en banco (bouse+terre+herbe+eau) à flanc de falaise. Puis les pigmées ont déserté la région, ils ont migré vers les forêts d’Afrique centrale.

Les premiers Dogons sont arrivés vers Bandiagara au 13ème siècle, fuyant les islamisateurs du sud du pays. Les Dogons ont reçu l’aide de caïmans pour traverser le fleuve, cet animal reste sacré car il incarne les esprits des ancêtres. Pour se prévenir de l’ennemi et se protéger des dangers de la forêt, leurs villages étaient construits en hauteur, contre la falaise, juste en dessous des anciennes habitations pigmées. Aujourd’hui, il n’y a plus d’ennemis, ni de forêt, les villages toujours en banco sont installés au pied de la falaise. Par respect pour leurs ancêtres, les anciennes habitations sont entretenues régulièrement. Dans chaque village dogon, une maison est décorée de motifs et de couleurs, restaurée lors d’une grande fête tous les 60 ans, c’est l’habitation du hogon. Le hogon est le chef suprême des Dogons, il vit seul dans le village des ancêtres, est pur (célibataire), sage, initié en bas âge aux traditions dogons et à la langue secrète et doit être un des plus vieux du village. De nombreux village n’ont plus de hogons depuis des années car les initiés sont encore trop jeunes. Le hogon vit avec un serpent très long et très coloré, Moussa, notre guide, l’a déjà vu plusieurs fois. Ce serpent lave le hogon une fois par an pour lui donner des forces. On ne peut pas pénétrer dans la maison inoccupée, en attente d’un nouvel hogon, car le serpent veille. Quand un problème nécessite la parole du hogon, le village envoie un messager pour solliciter une rencontre. 

ascension de la falaise

Au cours des randonnées, nous croisons de nombreux jeunes occidentaux venus travaillé quelques semaines, quelques mois ou quelques années au Mali  : formation d’instituteurs, commerce équitable, ong, centres de soins, hôpitaux, alphabétisation, prévention, développement durable, etc… Nous passons devant des écoles, des dispensaires, des puits, des panneaux solaires, des pompes à eau assurant la vie dans les villages de brousse. TOUTES ces installations sont financées par des institutions occidentales, car si ces investissements transitaient par l’état malien, la moitié irait dans les poches des dirigeants (cf. Yacouba). A Danga, l’école a été financée et réalisée par une ong allemande. L’instituteur est payé par les villageois , l’état se désengage. Le Mali vit sous perfusion de l’Occident. Tièblé, jeune instituteur me confie que les maliens se sont toujours entendus dire que l’Afrique ne peut pas s’en sortir seule, qu’elle n’a pas les moyens. Pourtant il y a une force de travail ici, la population est jeune, la moitié a moins de 14 ans. Les Maliens abattent quotidiennement des tâches éprouvantes, tout est fait à la main, rien n’est mécanisé (cultiver, laver le linge, aller chercher l’eau au puit, etc…). Tous ces travaux n’assurent qu’une survie jusqu’au lendemain, jusqu’à l’année suivante. Je n’ai encore rencontré aucun ambitieux…

village sur le plateau dogon

A DOS DE MOTO

la tete au chaud les pieds dans l’eau

2 jeunes blanches, une moto, un sac à dos, deux tendeurs, cinq jours de road trip, 600 km de goudron ou de piste de villes en villages sous l’orage ou le soleil brûlant.

sur la route djenné macina  sur le niger

Ca commence mal… Au bout de 90 km de piste inondée (comprenez qu’il est hors de question de faire demi tout), les étourdies que nous sommes réalisons que nous avons oublié nos casques au campement au pied des falaises, et notre crème solaire à Bamako! Comme chacun ici se plie en quatre pour les deux toubabous à moto, on nous rapporte nos casques le lendemain.

La brousse, les baobabs, les oiseaux tropiaux, les villes grouillantes de vie, de rires me fascinent. Les maladies, l’hygiène déplorable, les traditions parfois incompréhensibles, le rythme d’une lenteur souvent exaspérante, les réactions suscitées face à ta couleur de peau peuvent rendre fou!

pmu pmu coiffeur mopti

Les répétitions

Dans le BeauxArts magazine de juin 2007, un papier est paru sur Yaya :

(…) “Ici une girafe d’un jaune strident et au cou démesurément allongé, là des singes, des lièvres, des antilopes et autres créatures mi-animales, mi-humaines vêtues de wax ou chaussées de baskets fluo! Car rien n’est moins figé que les marionnettes fabriquées par Yaya. Il suffit, pour s’en convaincre, d’assister à l’une des représentations à ciel ouvert qu’il donne au coeur de Bamako. Devant une foule de femmes, d’enfants et de curieux secoués de fous rires, gros zèbres et dindons multicolores se pavannent et virevoltent au son des percussions, sous l’oeil imperturbable d’une chèvre… vivante celle-là!” (…)

Le décor est assez justement planté dans cet article. Le journaliste omet les 15 personnes assises en face sous la paillote, sculptant ou préparant le thé, et le défilé de vendeurs ambulants (lunettes, arachides, tissus, herbes médicinales, beignets, fruits, farine, recharges téléphoniques…).

Demain, je pars à l’aube pour une dizaine de jours dans la brousse (la province). Les prochaines nouvelles en fin de semaine prochaine. Cambé (à bientôt)!

yaya

Page suivante »


Le projet

Le marionnettiste Yaya Coulibaly et sa troupe Sogolon m'accueillent durant deux mois et demi dans leur atelier, dans leur temple aux 8000 marionnettes à Bamako. Scénographe, je souhaite à leurs côtés être initiée aux techniques du théâtre d'objets. Je donnerai également vie, au sein de cet atelier, aux marionnettes du "Sanatorium au croque mort", mon projet de spectacle.