Archive pour la catégorie 'A Bamako...'

Le chant du muezzin

L’appel à la prière, chanté par le muezzin du haut du minaret, est l’air que j’ai le plus entendu depuis mon arrivée, 320 fois pour être exacte. 5 fois par jour, à 4h30, 10h30, 13h30, 16h30 et 18h30 ce chant couvre le bruit de la ville, des mobylettes, des radios, des cris d’enfants… Il sonne comme une complainte, la voix est presque mélancolique. La nuit, cette chanson te réveille doucement, tu l’écoutes dans un demi sommeil, elle te berce et parfois tu te rendors avant que le muezzin ait fini. Sans montre, l’appel à la prière rythme ma journée, m’indique l’heure. Un quart d’heure après l’appel du muezzin, un murmure chanté marque la fin de la prière. La vie reprend son cour.

“Au détour du monde”

J’interviendrai dimanche 9 septembre (entre 16h45 et 16h48 environ) dans l’émission présentée par Sandrine Mercier sur France Inter : “Au détour du monde”. J’y présenterai rapidement mon projet, mon voyage…

interhttp://www.radiofrance.fr/franceinter/em/audetourdumonde/

Le dimanche a toujours été le jour de la semaine que j’aime le moins. Le dimanche à Bamako, c’est le jour de mariage.

Un neveu de Yaya se marie dimanche. Lui et son amoureuse se fréquentent depuis 6 ans. Vendredi, elle lui a annoncé qu’elle n’était pas prête à se marier. Un mariage a été organisé, un mariage sera célébré. La famille du marié a deux jours pour trouver une mariée. La nièce de Sikasso (inconnue de tous) de feu le mari de la voisine est prétendante. Elle fait la route de nuit et se présente à la mairie le dimanche matin. Passée la surprise générale des invités ne reconnaissant pas la mariée, tout le monde s’est félicité de ce beau mariage, de ce couple prometteur et amoureux (depuis 3 heures)!! L’honneur est sauf!! Si la mariée attend d’être devant monsieur le maire pour dire non, sa famille (proche de l’humiliation publique) doit alors proposer sur le champ la soeur cadette de la mariée. Si celle-ci refuse, on cherche dans l’assistance, on appele les voisines, les copines, les cousines jusqu’à qu’une mariée soit trouvée!

Dramane, le beau sculpteur de la troupe Sogolon n’a pas eu de chance. Son premier mariage, arrangé, se solde par un divorce et deux enfants sur les bras. Sa seconde épouse meurt en mettant au monde des jumeaux qui ne survivront pas non plus. Dramane va se (re)marier. Les parents de sa seconde épouse lui ont trouvé une femme pour refonder un foyer et s’occuper des enfants. Dramane a 38 ans, sa fille aînée16 ans et sa prochaine épouse 13. C’est une enfant, mais c’est la norme, ses soeurs, tantes, cousines, amies sont aussi mariées très jeunes… Au mariage, c’est la fête, tout le monde se réjouit. J’ai le coeur serré, je pense à cette enfant qui va partager cette nuit la couche d’un inconnu (son mari) de 25 ans son aîné. Le soir même, je discute avec Bobo, une voisine de 32 ans. Elle mesure 1 mètre 80, est resplendissante, a un rire communicatif et a fière allure avec sa calebasse d’arachides sur la tête. Je m’aperçois qu’elle ne m’a jamais présenté son mari! Si, si, tu le vois tous les jours!… ??… Viens! Le choc. Ce viellard édenté est son mari. Elle est sa troisième femme. Abasourdie j’entends vaguement le viellard me dire que la loi l’autorise encore à avoir une femme (la loi malienne autorise un homme a avoir quatre femmes “simultanément”), pourquoi pas une française, il connait bien la France… Dure journée.

Le 31 décembre dernier, l’amoureuse de Yacou lui annonce que sa famille lui a trouvé un mari et que la noce sera célébrée le 3 janvier. C’est le choix de la famille et le jeune ne peut pas s’y opposer. Yacou a assisté au mariage.

Abou a 35 ans. Il a refusé par deux fois les femmes proposées par ses parents. Fuyant la pression familiale, il vit seul. Il est dur et désabusé. Son grand amour a été marié à un autre homme, mais parfois ils arrivent à se parler au téléphone.

Ces histoires sont tristes et parfois ridicules. Au Mali, l’amour est étranger au mariage. Le mariage est un accomplissement social, la possibilité pour une femme d’avoir de l’argent et pour un homme, de faire savoir sur la place publique qu’il a assez d’argent pour se marier et fonder une famille…

Le dimanche à Bamako, je fuis les mariages et reste en cuisine.

sali ténéba au poisson

djénéba aux légumes

10 jours de vadrouille dans le Mali

dans le car pour mopti

 La moto est sanglée sur le toit d’un bus, nous nous rendons à 600 km de Bamako pour 3 jours de randonnée dans les falaises de Bandiagara en pays Dogon.

falaises de bandiagara 

 coucher de soleil sur le plateau dogon 

la traversée du désert? 

Le peuple Dogon

Jusqu’au 9ème siècle, les pigmées peuplaient la région. Une forêt dense s’étendait alors aux abords de la falaise. Pour se protéger des animaux et des esprits de la forêt, les pigmées construisaient leurs abris en banco (bouse+terre+herbe+eau) à flanc de falaise. Puis les pigmées ont déserté la région, ils ont migré vers les forêts d’Afrique centrale.

Les premiers Dogons sont arrivés vers Bandiagara au 13ème siècle, fuyant les islamisateurs du sud du pays. Les Dogons ont reçu l’aide de caïmans pour traverser le fleuve, cet animal reste sacré car il incarne les esprits des ancêtres. Pour se prévenir de l’ennemi et se protéger des dangers de la forêt, leurs villages étaient construits en hauteur, contre la falaise, juste en dessous des anciennes habitations pigmées. Aujourd’hui, il n’y a plus d’ennemis, ni de forêt, les villages toujours en banco sont installés au pied de la falaise. Par respect pour leurs ancêtres, les anciennes habitations sont entretenues régulièrement. Dans chaque village dogon, une maison est décorée de motifs et de couleurs, restaurée lors d’une grande fête tous les 60 ans, c’est l’habitation du hogon. Le hogon est le chef suprême des Dogons, il vit seul dans le village des ancêtres, est pur (célibataire), sage, initié en bas âge aux traditions dogons et à la langue secrète et doit être un des plus vieux du village. De nombreux village n’ont plus de hogons depuis des années car les initiés sont encore trop jeunes. Le hogon vit avec un serpent très long et très coloré, Moussa, notre guide, l’a déjà vu plusieurs fois. Ce serpent lave le hogon une fois par an pour lui donner des forces. On ne peut pas pénétrer dans la maison inoccupée, en attente d’un nouvel hogon, car le serpent veille. Quand un problème nécessite la parole du hogon, le village envoie un messager pour solliciter une rencontre. 

ascension de la falaise

Au cours des randonnées, nous croisons de nombreux jeunes occidentaux venus travaillé quelques semaines, quelques mois ou quelques années au Mali  : formation d’instituteurs, commerce équitable, ong, centres de soins, hôpitaux, alphabétisation, prévention, développement durable, etc… Nous passons devant des écoles, des dispensaires, des puits, des panneaux solaires, des pompes à eau assurant la vie dans les villages de brousse. TOUTES ces installations sont financées par des institutions occidentales, car si ces investissements transitaient par l’état malien, la moitié irait dans les poches des dirigeants (cf. Yacouba). A Danga, l’école a été financée et réalisée par une ong allemande. L’instituteur est payé par les villageois , l’état se désengage. Le Mali vit sous perfusion de l’Occident. Tièblé, jeune instituteur me confie que les maliens se sont toujours entendus dire que l’Afrique ne peut pas s’en sortir seule, qu’elle n’a pas les moyens. Pourtant il y a une force de travail ici, la population est jeune, la moitié a moins de 14 ans. Les Maliens abattent quotidiennement des tâches éprouvantes, tout est fait à la main, rien n’est mécanisé (cultiver, laver le linge, aller chercher l’eau au puit, etc…). Tous ces travaux n’assurent qu’une survie jusqu’au lendemain, jusqu’à l’année suivante. Je n’ai encore rencontré aucun ambitieux…

village sur le plateau dogon

A DOS DE MOTO

la tete au chaud les pieds dans l’eau

2 jeunes blanches, une moto, un sac à dos, deux tendeurs, cinq jours de road trip, 600 km de goudron ou de piste de villes en villages sous l’orage ou le soleil brûlant.

sur la route djenné macina  sur le niger

Ca commence mal… Au bout de 90 km de piste inondée (comprenez qu’il est hors de question de faire demi tout), les étourdies que nous sommes réalisons que nous avons oublié nos casques au campement au pied des falaises, et notre crème solaire à Bamako! Comme chacun ici se plie en quatre pour les deux toubabous à moto, on nous rapporte nos casques le lendemain.

La brousse, les baobabs, les oiseaux tropiaux, les villes grouillantes de vie, de rires me fascinent. Les maladies, l’hygiène déplorable, les traditions parfois incompréhensibles, le rythme d’une lenteur souvent exaspérante, les réactions suscitées face à ta couleur de peau peuvent rendre fou!

pmu pmu coiffeur mopti

Les répétitions

Dans le BeauxArts magazine de juin 2007, un papier est paru sur Yaya :

(…) “Ici une girafe d’un jaune strident et au cou démesurément allongé, là des singes, des lièvres, des antilopes et autres créatures mi-animales, mi-humaines vêtues de wax ou chaussées de baskets fluo! Car rien n’est moins figé que les marionnettes fabriquées par Yaya. Il suffit, pour s’en convaincre, d’assister à l’une des représentations à ciel ouvert qu’il donne au coeur de Bamako. Devant une foule de femmes, d’enfants et de curieux secoués de fous rires, gros zèbres et dindons multicolores se pavannent et virevoltent au son des percussions, sous l’oeil imperturbable d’une chèvre… vivante celle-là!” (…)

Le décor est assez justement planté dans cet article. Le journaliste omet les 15 personnes assises en face sous la paillote, sculptant ou préparant le thé, et le défilé de vendeurs ambulants (lunettes, arachides, tissus, herbes médicinales, beignets, fruits, farine, recharges téléphoniques…).

Demain, je pars à l’aube pour une dizaine de jours dans la brousse (la province). Les prochaines nouvelles en fin de semaine prochaine. Cambé (à bientôt)!

yaya

dimanche 22 juillet, second tour des éléctions législatives

Dans la rue, nous équipons notre scooter pour une virée à Sibi (50 km de piste en terre).

route sibi2

route sibi  sibi village  anna sibi

Chez la voisine, candidate au poste de député pour la commune 6, c’est l’effervescence! J’interpelle un jeune voyou du quartier de 17 ans et l’interroge sur ses vas et viens chez la voisine. Il me montre sa carte d’électeur: pour aujourd’hui, pour voter, il s’appele Mamadou, a 25 ans et est étudiant. Comme la moitié des Bamakois n’ont pas de papiers d’identité, aucun justificatif n’est demandé dans les bureaux de vote…

L’an dernier, l’état a recensé tous les adultes en âge de voter et a invité les habitants à retirer leur carte d’électeur dans les mairies. Les cartes non récupérées sont vendues aux partis politiques qui fournissent des ados de 15/17 ans. En contrepartie d’une voix ils les rétribuent 1000 francs cfa (1,5 euro). Sortant de chez la voisine, une jeune fille va voter, à en croire sa carte d’électeur, elle a 61 ans!! Elle dira qu’elle vient voter pour sa grand-mère qui ne peut plus se déplacer. On m’invite à me rendre aux urnes pour “l’alliance”, ma peau blanche n’est pas un problème si j’ai une carte d’électeur. Une fois ton devoir de citoyen accompli, ton index est marqué à l’encre. Certains le lavent, font la tournée des bureaux de vote et votent 5, 6 fois…

En rentrant dans la soirée, nous trouvons la rue en liaisse, la voisine a gagné. Je suis invitée samedi prochain à fêter la victoireavec le parti. La démocratie n’a que 12 ans au Mali, elle fait ses premiers pas. Mais aucun malien n’est dupe, chacun sait que le système politique est gangréné par la corruption.

legis affiche

election discour

on the road

Moyens de locomation

La circulation est complètement anarchique dans bamako, des 4 voies se croisent sans aucune priorité, aucun feux de signalisation, la chaussée est défoncée, les scooters doublent par la droite…. Le port du casque n’est plus obligatoire depuis 3 mois, l’état a cédé à la pression des femmes qui investissent une fortune dans leurs coiffures. Belle politique de santé publique!!

LA MOTO

Afin de nous déplacer dans Bamako et les environs et d’être autonomes et indépendantes dans nos déplacements, anso et moi avons acheté une moto. Chaque jeune bamakois possède ce modèle (sauf que la notre est équipée des nouvelles jentes), bon marché, importé de Chine, tout en plastique, vendu sous célophane. Finis le temps où les vieilles mobylettes d’Europe trouvaient une seconde vie au Mali! Pour se vanter de leur nouvelle acquisition, certains laissent le film plastique sur la selle…

  notre moto

L’emballage ôté, la vidange et le plein faits, nous partons Oufa, Birama, Ousman, Secou, Mamadi, Moussa, Anso et moi sur 4 motos; Yaya, sa femme, son frère, Draman et 2 de ses enfants dans la peugeot 504. Nous prenons le goudron (route goudronnée) direction Maraka Coungo situé à 85 km de Bamako, afin d’acheter des chèvres pour la fête de diplôme de Na, de rencontrer le conseil des anciens, de nous présenter à ses amis sculpteurs et de récupérer du bois.

direction maraka coungo 

Sur les routes maliennes, les accidents sont nombreux… Nous en faisons les frais sans gravité. Oufa, pour éviter une mercedes qui double un camion face à lui, se jete à pleine vitesse dans un buisson épineux. Une frayeur, quelques égratinures et le cortège repart. 5 kilomètres plus loin, anso et moi (anso au volant of course) ratons une bosse goudronnée sans marquage, faisant office de ralentisseur, et tombons devant la porte d’un centre de santé isolé. Les infirmiers nous cueillent et s’apprêtent à soigner nos quelques égratinures à l’alcool à 90! Je me souviens que j’ai de l’antiseptique dans mon sac. Sauvées! Après tous “leurs compliments de bonne santé”, nous repartons. Cette première sortie de Bamako est un plaisir (malgré les quelques bobos), le voile de pollution s’est envolé, le ciel est bleu, les poubelles ont disparu, l’air est respirable.

Ce matin, c’est l’état des lieux: nue dans ma chambre je compte et soigne mes contusions quand la voisine rentre en trombe:

La voisine: “J’ai appris cette nuit que vous aviez fait une chute de moto!!!!!”

anna: “Euh… Je suis en train de m’habiller.”

la voisine: “Et bien? C’est moi.”

anna: “Bon… Rien de grave, juste quelques égratinures.”

LE SOTRAMA

Aujourd’hui, par sécurité, nous avons laissé la moto en révision et pour descendre en ville, anso et moi calons nos carcasses cabossées dans un sotrama. Les sotramas sont des traffics trafiquées : les ouvertures (3 fênetres et une porte) sont pratiquées au chalumeau, des planches de bois sont fixées contre les parois intérieures pour les assises, la capacité est de 19 passagers plus 2 employés. Le premier, dans la cabine, conduit et le second est posté à l’entrée afin de récolter l’argent, de faire le clignotant avec son bras et de taper contre la carrosserie pour signaler au conducteur de se rabattre immédiatement pour charger ou décharger quelqu’un. Le sotrama ne part que quand il y a au moins 15 passagers à l’intérieur, ainsi nous sommes serrés comme des sardines et évitons d’être ballotés de droite à gauche, d’avant en arrière. Quand le sotrama est plein et prêt à partir, il y a toujours une grosse mama qui entre… Chacun se décale alors d’1/4 de 1/2 fesse pour lui faire une place. Si c’est à côté de toi qu’un peu de place s’est libérée, elle sera à moitié assise sur toi pendant tout le trajet!!

djene1 djen2

 anso pile l’ail

Une journée chez Yaya Coulibaly

Le soleil se lève à 6h du matin, avec lui, la mère djenneba et la fille aînée Sali. Je n’arrive pas encore à me faire à un réveil aussi matinal. Dernière levée, je descends dans la pièce commune à 8h. Anso et moi sommes des hôtes, acceuillies comme des princesses. On nous installe une table basse pour nous servir le petit-déjeuner. Le reste de la famille mange sur le sol en terre battue dans un plat commun. Le petit-déjeuner classique est composé de pain+mayonnaise arrosé d’un nescafé au lait concentré. Mais hier, Yaya a tué un mouton et ce matin, la famille nous fait l’immense honneur d’un petit-déj’ de marque : une tête de mouton :
Anso : « Oh ! une tête de mouton ! »
Anna : « Ce n’est pas banal ! Tiens je n’avais pas remarqué, mais où est passé le petit blanc pelé ? »
Anso : « Dans ton assiette ! »
Djenneba, très fière nous observe.
Anna : « Bon… Alors, par où on l’attaque cette tête ! »
Gauchement, nous piochons dedans
Anso : « Tu veux l’œil ? »

salle commune

 

la lessive de na

La matinée se déroule avec les 6 à 12 membres de la troupe à l’atelier (une paillote sur un terrain de terre rouge). L’un d’entre nous doit s’occuper du thé pendant que chacun accompli sa tâche. D’ailleurs, faire le thé malien a été mon premier apprentissage.
Le repas de midi se compose de mouton ou de poisson en sauce accompagné de riz
Nous continuons d’œuvrer tanquillement à l’atelier toute l’après midi jusqu’au coucher du soleil vers 18h30. C’est le moment de faire ses courses, de se promener, de rendre visite à quelqu’un… Un petit moment de tranquillité ?? Absolument pas !! Je vis en communauté avec la famille et les voisins ! La vie de famille, c’est parfois étouffant. Quand en plus ce n’est pas la tienne !… Où que j’aille, je suis escortée. J’ai réussi une fois à sortir seule au cyber café, le chien m’a suivi et a dormi à mes pieds pendant une heure, puis m’a raccompagné… Si je m’éclipse subrepticement, un membre de la famille s’en souciera rapidement et partira à ma recherche ! Cette obligeance est parfois pesante. Yacouba nous a présenté sa tante samedi dernier en fin de journée :
Yacouba : « Nous sommes passés hier, mais tu n’étais pas là. »
La tante : « J’étais à la prière du vendredi et comme chaque vendredi, je vais à 30 km. »
Anna : «  30km ! La mosquée, la prière pratiquée y sont plus intéressantes ? »
La tante : «  Oui, oui, il y a un marabou extraordinaire, les gens de tout le pays et même de plus loin viennent le voir ! »
Anso : «  Un marabou ? Ce n’est pas un imam qui officie ? »
La tante : «  Si ! Si ! Il fait les deux ! Il fait de très très bonnes bénédictions ! Ce que tu lui confies, dieu te l’exauce en 5 minutes. »
Anna (à part à Anso) : «  Tu crois que grâce à ce monsieur, je pourrais devenir blonde à forte poitrine en 5 minutes ? »
Plaisanteries mises à part, il est parfois difficile de comprendre les habitudes, les croyances et les valeurs des gens que je rencontre…Ca viendra !!
Vers 20h30, nous dinons d’un repas similaire à celui de midi, agrémenté de pommes frites, de bananes plantins ou de galettes de mil.
Après le diner , les gens se retrouvrent au « green », prononcé grain. Le « green » est un espace de discussion sous les arbres devant les maisons, autour d’un fourneau traditionnel pour préparer le thé.
0h30
Fin de la journée.

flyer

tehibou le dragueur 

 

Premiers jours à Bamako

Chez Yaya Coulibaly

La « construction » (maison) de Yaya Coulibaly et de sa femme Djeneba Keita héberge  leurs 8 enfants, 4 garçons et 4 filles de 3 à 29 ans, leurs 3 neveux de 26 à 29 ans, leur oncle de 28 ans et temporairement Anne-Sophie (venue 1 mois et demi travailler la marionnette) et moi-même. Ajouter à cette joyeuse tribu 8000 marionnettes et une télé allumée du matin au soir avec tous les enfants du quartier (en vacances scolaires) plantés devant. La nuit venue, 3 chiens, 3 chats, 2 moutons et un bouc (qui a la fâcheuse tendance à dormir sur la première marche de l’escalier), nous rejoignent dans la pièce commune et viennent grossir la famille. A cette heure tardive, une dizaine de blattes (grosses comme mon pouce) mettent le nez hors de leur trou. Le trou est situé dans une pièce carrelée de 1,5 mètre par 1,5 mètre oü chacun fait ses besoins et sa toilette. Sachez que j’arrive à me laver des pieds à la tête (shampoing inclus) avec 5 litres d’eau!

anso initié au cérémonial du thé

 

vue de la terrasse au dessus de notre chambre

 

 

L’arrivée

le carrosse

Avec deux heures de retard, anso et moi descendons sur le tarmac de l’aéroport de Bamako. La chaleur est moite. Oufa, premier fils de Yaya, et Yacouba, un neveu, sont venus nous chercher. Nous embarquons en musique dans la peugeot 504, l’ancienne voiture présidentielle. Les 2 enceintes se relayent, à chaque nid de poule, nous bénéficions de la stéréo. Il est 1h du matin à Paris, 23h à Bamako, qui règle ses horloges sur l’heure solaire. Yacouba nous amène boire notre premier thé malien. Seuls quelques tubes fluorescents éclairent les rues d’une lumière blafarde. Nos yeux doivent s’habituer à l’obscurité afin déviter les trous d’eau dans le dédale des rues de ce quartier populaire de Magnambougou. Le calme règne à cette heure tardive, les enfants sont couchés, les adultes palabrent sur le pas de la porte en buvant un dernier thé. C’est à ce moment que les chats et les rats sortent de leurs tanières.

 

La découverte

Le Mali est un des 6 pays les plus pauvres au monde: Bamako, sa capitale, n’est équipée ni d’égouts, ni d’éclairage public, le marché est installé sur une quasi décharge, les magasins sont faits de tôles de récupération et l’hygiène est plus que précaire… Mais cette ville est surtout frémissante de tous ces enfants, colorée de sa terre rouge, vibrant au son des mobylettes, chantant avec le muezzin, dansat avec les femmes. En 6h d’avion, j’ai débarqué dans un nouveau monde. Je suis une toubabou, la poussière rouge colle à ma peau blanche et moite. Mais dans cet univers inconnu, Yacouba, le coeur sur la main, guide, explique, raconte.

à mobylette

 

 

place de la mosquée

 

yacouba et moi au bord du niger

 

 

 

 

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Le projet

Le marionnettiste Yaya Coulibaly et sa troupe Sogolon m'accueillent durant deux mois et demi dans leur atelier, dans leur temple aux 8000 marionnettes à Bamako. Scénographe, je souhaite à leurs côtés être initiée aux techniques du théâtre d'objets. Je donnerai également vie, au sein de cet atelier, aux marionnettes du "Sanatorium au croque mort", mon projet de spectacle.